L'église Saint Maurice

Extrait des "Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte d'Or" - 1974

M. BEAUVALOT a présenté un des édifices les plus connus de l'architecte Pierre-Joseph ANTOINE : l'église de Vielverge.
(Pierre-Joseph Antoine (1730-1814), sous-ingénieur des Ponts et Chaussées de la Province en 1773).

L'église de Vielverge fut élevée de 1773 à 1776. Antoine s'est inspiré de celle qu'il avait projeté d'édifier à Vanvey en 1765. Le plan est de type allongé à trois vaisseaux et chevet plat. Le vaisseau central couvert d'une voûte en berceau plein cintre est précédé d'un vestibule sous clocher et comporte neuf travées dont les trois dernières forment le choeur liturgique. Les collatéraux sont couverts de voûtes d'arêtes, sans doubleaux, qui pénètrent "en lunette" dans le berceau central ; ils comptent huit travées dont la dernière forme chapelle, séparée par une grille basse. Les collatéraux sont prolongés par deux sacristies, de chaque côté de la dernière travée du choeur qui prend jour par une fenêtre en plein cintre.
Les voûtes des collatéraux reposent sur les colonnes du vaisseau central et sur les pilliers arrondis engagés dans les murs gouttereaux. Ceux-ci sont raidis par des jambes à l'extérieur et percés de cinq fenêtres en plein cintre éclairant une travée sur deux.
En façade, l'église de Vielverge diffère beaucoup plus du projet dressé en 1765 pour l'église de Vanvey : l'architecte place le clocher en façade, sur un vestibule, et le détache du mur-pignon par un léger ressaut, imposant ainsi un parti vertical. Seules des tables rentrantes et saillantes animent la composition dont le pignon couvert, souligné par une corniche, forme fronton. Fronton et tables en guise de pilastres sont les seules rappels, discrets, des ordres antiques. Il semble qu'Antoine se soit souvenu des critiques formulées contre le portique qu'il avait voulu construire devant l'église de Vanvey, véritable temple antique. À Vielverge, la façade ne rappelle plus les temples, mais les églises de type franc-comtois comme celles qu'élevait, à la même époque, Claude-Nicolas Ledoux à Roche-et-Raucourt en 1769 ou à Fouvent-le-Haut en 1765. Remarquons d'ailleurs que Vielverge dépendait du diocèse de Besançon.
Toutefois, Antoine ne put s'empêcher de reprendre la forme de la flêche qu'il avait imaginée pour l'église de Vanvey : un obélisque relié au clocher carré par un adoucissement concave. L'obélisque ne plut pas à tous, et encore moins au curé de la paroisse ; mais le projet d'Antoine fut accepté après quelques modifications le 16 juillet 1772. Le 2 septembre 1772, l'adjudication fut tranchée en faveur de Charles Saint-Père, entrepreneur à Dijon. Les travaux, commencés en avril 1773, étaient achevés pour Noël 1776, date à laquelle fut célébrée avec solennité la première messe. Dès l'année 1779 le curé se plaignit qu'il pleuvait dans le clocher : "le sieur Antoine a voulu donner du nouveau pour le clocher : il s'est trompé et je ne crois pas que dans toute la France il y ait un clocher pareil à celui de Vielverge. Il aura beau le faire réparer, je crois qu'il y pleuvra toujours et que ce sont là des réparations inutiles". D'expertises en expertises, on décida de détruire l'obélisque, à la grande joie du curé : on le remplaça par un toit en pavillon, tel qu'il existe actuellement, alors que les habitants auraient souhaité une flêche à huit pans.
Le décor intérieur de l'église de Vielverge est important : les voûtes d'arêtes sont ornées de clefs en stuc, de style rocaille, et la voûte en berceau est décorée de nervures et de clefsqui lui donnent l'aspect d'une succession de voûtes d'arêtes. Quant au mobilier d'une exceptionnelle qualité (classé Monument Historique depuis 1965), il est considéré à juste titre comme un des plus beaux du département : boiseries scultées du choeur et des chapelles, autels, confessionnaux, et surtout la chaire, prouvent le soin qu'apporta Antoine dans la décoration de l'église où il sut marier le style rocaille et le style néo-classique. Il est à remarquer que dans chaque travée des collatéraux non percée de fenêtre fut placé un tableau représentant des scènes de la vie du Christ ou des Saints (certains portent une inscription "À la dévotion de Pierre Oudot et de Jeanne Martin son épouse" et la date de 1777).
Mis à part les travaux d'entretien courant, l'église de Vielverge est parvenue jusqu'à nous sans réfection ni démolition. Il est dommage toutefois, qu'ici comme à Vanvey, l'obélisque ne surmonte pas le clocher : le projet d'Antoine s'est trouvé altéré par la pose d'un toit en pavillon qui écrase la façade et lui enlève son caractère. (Séance du 18 octobre 1972)